Anne-Cécile Rohou

 

Pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours de formation ? Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai 40 ans, je suis mariée et j’ai deux enfants. Je suis juriste professionnelle et retraitée sportive de haut niveau. J’ai eu un Bac L en province, je suis venue sur Paris suite à un changement professionnel de mon père et c’est dans ce contexte que je me suis inscrite à la Faculté de Sceaux. J’ai obtenu une maitrise de Droit des Affaires puis un DESS de droit privé en 2000. Passionnée de natation, j’ai préparé - en parallèle de mon DESS -  les Jeux Paralympiques de Sydney. Je pensais en priorité à obtenir mon DESS en reportant ma recherche d’emploi après les Jeux Paralympiques.

EDF était déjà le partenaire historique et principal de la Fédération Handisport, cela m’a donné envie de candidater chez eux. J’ai trouvé de suite ! J’ai passé quelques temps à l’Etat-major de la Direction  Juridique d’EDF puis quelques années au Pôle Droit de la Concurrence. Depuis je suis au Pôle Propriété Intellectuelle et Communication et je suis spécialisée en Informatique et Libertés & Numérique au sens large. Je travaille sur la protection des données personnelles : des clients, salariés, partenaires, prestataires. J’ai une fonction de conseil auprès de toutes les entités d’EDF qui ont un projet impliquant des données personnelles.

La natation est une passion ? Depuis quand date votre engagement dans le sport de compétition ?

La natation est une passion, c’est avant tout le plaisir d’être dans l’eau. J’ai découvert ce sport durant mon enfance avec mon frère. Nous étions inscrits dans un club. A l’époque on parlait peu de handisport et encore moins de compétition handisport. C’est une amie qui me m’a fait découvrir ce milieu. J’ai de suite accroché. Je me suis inscrite au club de natation de Boulogne-Billancourt : l’ACBB, à 10 ans j’étais qualifiée pour le Championnat de France, ce qui m’a permis d’accéder à 12 ans au Championnat du Monde des moins de 20 ans. En 1992 à 14 ans, j’ai participé aux Jeux Paralympiques de Barcelone, cela m’a marqué car j’étais la plus jeune de la délégation française.

Vous avez pendant longtemps additionné postes à hautes responsabilités et victoires sportives (peut-être même une vie de famille avec des enfants), quel est votre secret de gestion du temps ? Créez-vous des ponts, des passerelles entre ces deux univers de votre vie (vie pro / engagement sportif) ?

Je crois qu’une bonne organisation permet de concilier tout ce que l’on veut faire. Je dois dire que j’ai la chance d’avoir un poste aménagé sur un temps au 4/5ème, ce qui me permet de profiter de mes enfants le mercredi.

Quand je faisais du sport de haut niveau, j’étais à mi-temps, ce qui permettait de beaucoup m’entrainer : j’avais 10 entrainements par semaine avec des séances à 7H15 du matin quand la piscine ouvre, entre midi et deux ou en fin de journée, 6 jours sur 7. J’ai eu de la chance de travailler dans une entreprise qui me dégage autant de temps.

Je faisais partie de la « Team EDF » qui rassemble les salariés et les sportifs sous contrat d’image avec EDF. Le soutien de l’entreprise permet d’être libéré pour les temps d’entrainements et de stages sportifs, tout en étant présent aux évènements sportifs proposés par l’entreprise. L’idée est de mettre en avant l’engagement de l’entreprise dans le sport et le handisport.

Vous êtes une personne en situation de handicap, pourriez-vous nous en parler ? Quelle est l’histoire de votre handicap ?

J’ai eu une méningite quand j’ai eu 2 ans qui a nécessité des amputations. Après j’ai eu un parcours très classique y compris pour ma scolarité. J’étais l’ainée d’une famille de 6 enfants et j’ai été très portée par mes frères et sœurs avec une envie de faire comme les autres.

Vous avez été une étudiante en situation de handicap : comment avez-vous mené vos études ? Le campus était-il pratique pour vous ? Trouvez-vous que la situation ce soit amélioré ?

Au niveau de la société, il y a d’énormes progrès à faire en matière d’accessibilité. Par contre, il y a beaucoup de bonne volonté et les facilités se font au cas par cas. A la Faculté Jean Monnet, on m’avait confié les clés des ascenseurs pourtant à la base réservé aux professeurs. Pour certains partiels, j’avais un tiers temps.

Sinon, j’ai eu la chance d’avoir une voiture aménagée pour faire mes trajets notamment ceux entre mon domicile et la Faculté mais aussi entre la Faculté et la piscine. C’est une voiture classique qu’une société aménage sur mesure. J’ai par exemple des clignotants qui se déclenchent avec un système au niveau de mon appui-tête. C’est un investissement mais j’ai eu des aides du Département, de l’AGEFIP et EDF a pris aussi en charge une partie des aménagements.

Quels seraient vos conseils de carrière pour un jeune diplômé en situation de handicap (lorsqu’il candidate à un poste / lors d’un entretien d’embauche, etc). 

Je lui dirais d’y croire, de faire de ses « faiblesses » une force et une richesse. Sur le fait d’indiquer le handicap sur un CV, je n’ai pas d’avis sur la question. Sur mon CV, je parle de mon handicap de manière indirecte car j’ai indiqué dans mes centres d’intérêts mon engagement dans le handisport. On doit croire en ses compétences et on peut aller à l’entretien sans avoir rien dit pour défendre toutes ses chances. La diversité est une richesse !

La candidature (victorieuse) de Paris aux Jeux Olympiques a pu diviser. Vous avez très « officiellement » soutenu le projet. Pourriez-vous partager avec nous vos convictions ?

Pour moi le plus de la candidature de Paris était que la quasi-totalité des grands sites étaient déjà construits (sujet qui fait souvent polémique)… sauf la piscine olympique justement ! J’ai surtout participé à des réunions au niveau du Conseil Régional et du Conseil Général pour améliorer la candidature.

C’est vraiment une chance d’accueillir les plus grands sportifs du monde. Pour eux, cet évènement est le Graal. Je me réjouis de vivre cela à nouveau, cette fois-ci du côté des coulisses. 

En quoi les futurs Jeux Olympiques parisiens peuvent valoriser les sports paralympiques ? Le handisport en général ?

Il y a des pays qui sont plus ou moins sensibles à la question du handicap et du handisport. Par exemple, l’Australie est un pays bien avancé sur ces questions. Je garde un très bon souvenir de Sydney car la ville est très accessible, la piscine olympique immense et le public au rendez-vous. Même durant les entrainements, nous avions du public. Dans une logique de sensibilisation, de nombreuses classes venaient nous voir. C’est galvanisant.

Paris a mis l’accent sur les Jeux Paralympiques, au même titre que les Jeux Olympiques, j’espère que cela va faire avancer encore les choses. Grâce à la médiatisation, la visibilité du handisport peut être une source de motivation pour tous les handicapés, sportifs ou non, et faire évoluer la perception des gens sur le handicap.

1 médaille d’Or, 2 médailles d’argent, 4 médailles de bronze, quelle est votre plus beau moment dans votre carrière sportive ?

La médaille d’Or est un souvenir magnifique surtout parce que c’est une médaille collective obtenue grâce une course en relais avec d’autres sportives (il y a 10 catégories de handicap moteur et il faut composer une équipe en mêlant les catégories). Lorsque nous avons gagné, nous sommes montées à plusieurs sur le podium, c’était merveilleux.

J’ai aussi un souvenir plus personnel où j’ai obtenu la cinquième place aux JP sur le 200 mètres nage libre mais où j’ai battu mon propre chronomètre. J’en rêvais depuis un moment et passer en dessous de la barre fatidique de ce chrono fut un moment extraordinaire.

Avez-vous toujours un lien avec la compétition ? Nagez-vous toujours ? Entrainez-vous quelqu’un désormais ?

Je n’ai plus de lien avec la compétition, je ne nage presque plus sauf de temps en temps avec mon fils. Je suis les compétitions à la télévision et je suis toujours en contact avec quelques nageurs qui font de la compétition. Je ne peux plus nager comme avant, faire simplement des longueurs, j’ai une âme de compétitrice, c’est plus fort que moi. Je m’étais fixée comme dernière étape les Jeux Paralympiques d’Athènes, j’y ai remporté deux médailles de bronze aux 50 mètres dos et 50 mètres papillon. Ensuite, j’ai fait encore un an de compétitions nationales et puis j’ai arrêté. Aujourd’hui, j’ai une famille, je veux leur consacrer du temps.

Derrière un sportif de haut niveau, il y a une équipe non ? Quelle est l’importance du réseau dans le milieu professionnel / dans le milieu sportif / dans le milieu handisport ?

Je ne dis pas que l’on ne fait rien tout seul, mais je crois beaucoup en la force de l’équipe... Surtout au niveau sportif. J’ai eu la chance d’avoir une entreprise derrière moi et à l’écoute de mes demandes.

Si vous deviez convaincre un étudiant d’adhérer au réseau des anciens diplômés de l’Université Paris-Sud, que lui diriez-vous ?

Le réseau des anciens diplômés ne présente que des avantages. La Faculté, surtout celle de Sceaux, à mon époque avait un côté familial, c’est bien de ne pas couper les liens avec des milieux aussi bienveillants. Une fois dans le grand bain du monde professionnel, c’est agréable de pouvoir compter sur un réseau et de garder contact avec les anciens.

Pourriez-vous nous confier votre meilleur souvenir à la Faculté de Sceaux ?

Lorsque nous avons réintégré durablement le site de Sceaux après une période de travaux qui obligeait à faire d’incessants allers-retours entre notre fac, celle de Chatenay-Malabry donc la Faculté de Pharmacie et des préfabriqués qui accueillaient certains de nos cours.

Et le pire souvenir ?

Sans doute mon premier jour de Fac. Comme j’arrivais sur Paris, je ne connaissais personne, j’étais impressionnée. Cela n’a pas duré bien longtemps.

Les professeurs les plus marquants ?

J’ai été très impressionnée par le professeur Didier Martin qui arrivait à son cours en robe seulement avec un Code civil et qui nous livrait un cours très structuré et passionnant.

 

 

 

Interview de Sabine Ferrier,
Chargée du réseau des diplômés de l’Université Paris-Sud,
Direction de l’orientation professionnelles et des relations entreprises.