Jacques-Olivier Boudin

 

Pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours de formation ? Quel est votre parcours professionnel ? Quelle profession exercez-vous aujourd’hui ?

Je suis directeur Juridique du Groupe français POMONA, grossiste alimentaire pour professionnels. Nous distribuons des produits alimentaires aux professionnels de la restauration et aux commerces de proximité.
J’ai effectué toute ma formation en Droit à Sceaux à la Faculté Jean Monnet : 5 ans qui se sont clôturés par l’obtention en 1992 du D.E.S.S. de Droit, Informatique et Technologies nouvelles créé et dirigé par Monsieur Sirinelli.
J’ai ensuite obtenu un Master professionnel Administration des Entreprises à l’IAE de Paris, complément de formation partagé avec d’autres profils d’étudiants (ingénieurs, littéraires ou scientifiques) qui m’a permis de m’ouvrir à d’autres enjeux de l’entreprise et notamment à la gestion.
Juriste d’entreprise, j’ai été en charge pendant 7 ans de la fonction juridique des activités françaises du Groupe suisse SCHINDLER spécialisé dans la fabrication, l’installation & la maintenance d’ascenseurs et escaliers mécaniques.

Quel est le quotidien d’une direction juridique chez un grossiste alimentaire tel POMONA ?

Mon quotidien est assez vivant et varié puisque je suis en charge de toutes les problématiques juridiques de l’entreprise. Je sécurise dans leur dimension juridique les grands engagements du Groupe notamment lors des contrats et j’accompagne le développement du Groupe et des métiers (distribution, concurrence, croissance externe, immobilier.). Je suis toujours au cœur des grands moments du Groupe, ce qui est assez passionnant.
Mon poste a aussi une dimension corporate avec le « droit de la société » c’est à dire le fonctionnement de l’entreprise, l’approbation des comptes ou encore le lien avec les actionnaires.
Depuis quelques années, il y l’enjeu de la conformité avec la mise en place de dispositifs de prévention en interne comme par exemple le plan de prévention anti-corruption ou encore le plan de prévention sur la gestion des données. A chaque fois, faut évaluer les risques, faire des contrôles mais aussi former.
La Direction des affaires juridiques du Groupe intervient aussi en matière d’influence. Notre activité est particulière car nous sommes « distributeur » sans être « grande distribution » autrement dit nous sommes en contact avec uniquement des professionnels et nous ne sommes jamais en contact direct avec les consommateurs finaux. Je me suis rendu compte que la législation était faite pour la grande distribution plus que pour des grossistes comme nous. Avec la Direction, nous avons eu pour ambition de faire changer l’environnement légal en faisant évoluer la réglementation et notamment le Code du Commerce. Mon travail est en prise avec les problématiques sociétales actuelles.
Enfin j’interviens aussi en cas de crise. Cela va du départ de micro-incendie au scandale de la viande de cheval qui peut potentiellement toucher notre groupe. J’ai le souvenir d’un quotidien national qui avait affirmé que POMONA travaillait avec un fournisseur qui avait réduit en esclavage des salariés nord-européens. En dehors du fait que nous ne pouvons pas tout contrôler chez nos fournisseurs, cette information s’est révélée fausse. Il a fallu le prouver et trouver des solutions pour notre image qui avait été éclaboussée.

Vous dites que « vous vous êtes trouvé grâce à la Faculté Jean Monnet », pouvez-vous nous en dire plus sur cette phrase ?

Ces 5 années universitaires à Sceaux ont été très riches pour moi. La Faculté de droit de Sceaux, qui avait la taille et l’esprit d’une école, a beaucoup marqué ma vie et je lui dois beaucoup.
Je m’y suis formé et préparé à la vie professionnelle, j’y ai rencontré la femme de ma vie, et beaucoup de mes vrais amis.
J’ai effectué mes premiers stages chez Jean-Pierre BOIVIN un des meilleurs avocats du droit public des affaires. Il était alors directeur du laboratoire de langues à la Faculté et c’est en discutant avec lui que j’ai trouvé mon stage. C’était mon vrai premier job, je préparais les arguments pour les avocats du cabinet. C’est une personnalité très inspirante. Il a fondé un peu plus tard l’Institut du droit public des affaires et il a réussi grâce, à cet Institut à attirer l’attention de la société sur ces sujets.

Vous avez remporté un prix dans la catégorie Direction Juridique (Biens de distribution / Consommation) aux Trophées du Droit Spécial Entreprises. Racontez-nous !

Comme je le disais un peu plus haut, la réglementation en matière alimentaire est beaucoup faite pour la grande distribution et non pour des grossistes comme nous. La grosse différence est que nous ne sommes jamais en contact avec le consommateur final ce qui change considérablement la donne. Pendant longtemps, nous avons été soumis à une réglementation qui faisait semblant d’ignorer ce point majeur. L’article 4417-1 du Droit du Commerce encadre les négociations de la grande distribution avec les producteurs, il y a une convention très fouillée et pointilleuse à faire à chaque négociation afin d’éviter les abus de la grande distribution envers les producteurs. Pour nous cette convention est très chronophage, nous n’avons pas une aussi grande marge de manœuvre dans la négociation donc il est très difficile de tomber dans de l’abus. En revanche comme nous négocions deux fois : une fois avec les producteurs et une fois avec les professionnels de la restauration, nous nous retrouvions avec 2 conventions à faire.
Chez POMONA nous avons alerté les décideurs politiques et nous avons réussi à faire changer les choses, cela a été médiatisé et cette médiatisation a amené ma nomination aux Trophées du Droit Spécial des Entreprises. J’ai accepté de concourir et j’ai présenté mon dossier de candidature. Il doit être très fourni et nous l’avons peaufiné dans les moindres détails. Nous avons passé un grand oral et remporté l’adhésion du jury puis le Prix dans la catégorie Direction Juridique (Biens de distribution / Consommation).
Ce trophée et la préparation que cela incombe a sorti mon équipe de son cadre classique de travail. Il a fallu aller le chercher ce trophée ! On sortait de notre zone de confort. Le challenge a été fédérateur et cela a galvanisé les troupes. Le Trophée que nous avons remporté est une reconnaissance plaisante mais qui sort de l’ordinaire du travail accompli par chacun.

Quel est votre meilleur souvenir de l’Université Paris-Sud ? Enfin la vraie question serait surtout : racontez-nous comment vous avez rencontré sur les bancs de la Fac, celle qui quelques années plus tard deviendrait votre épouse ?

J’ai vraiment pleins de bons souvenirs.
D’abord, je pense au club de rugby, on s’est fait sponsorisé par un bar dans le quartier latin où l’on faisait nos troisièmes mi-temps aussi mémorables que nos matchs. J’ai lancé un club de hockey sur gazon. J’étais très investi dans le sport, j’ai d’ailleurs présidé l’association sportive de la Faculté, grâce à laquelle nous avons organisé de nombreuses épreuves sportives, des voyages, et tellement de soirées, et même obtenu à l’époque que les performances sportives des étudiants soient prises en compte dans le cursus universitaire. Je me souviens d’une course d’orientation dans la ville de Sceaux, que j’ai gagné avec comme récompense à la clé : un voyage en Tunisie.
Il y avait une vraie cohésion entre les étudiants, les professeurs et les équipes administratives qui nous poussaient à avancer et prendre des initiatives. Avec la complicité des professeurs et notre journal étudiant « L’as de l’as », nous avons bizuté les nouveaux arrivants en faisant croire à l’existence d’un pseudo examen qui était en réalité une épreuve militaire plutôt costaud.
On s’amusait beaucoup, je me souviens d’un camarade qui s’était déguisé en professeur en enfilant une robe et qui avait réussi à occuper l’estrade et faire le cours pendant 5 minutes.
Enfin, oui bien-sûr, la rencontre avec ma future femme, Karine Le Gô. Je l’avais remarquée dans l’amphithéâtre. Elle arrivait souvent avec 2 minutes de retard par l’entrée du bas, visible des étudiants et moins du professeur… Et puis le sort a voulu que nous soyons convoqués au même oral d’Economie en 2ème année, elle a préparé son oral en m’écoutant passer le mien, et puis une longue histoire a commencé quelques semaines après. Karine est maintenant avocat au Barreau de Versailles et nous avons ensemble 3 enfants.

Quel est le pire souvenir de La Faculté Jean Monnet ?

Honnêtement je ne vois pas ou alors si peut-être quelques années plus tard le jour où repassant à la Fac pour chercher des stagiaires, j’ai découvert que vous aviez rasé, sans nous prévenir, notre Amphi 2 et la Cafet, lieu dans lequel nous avions tant de bons souvenirs…

Vous êtes administrateur du Cercle Montesquieu, l’association des Directeurs Juridiques. Il y a une dimension de réseau professionnel dans une association comme celle-ci ? Que pensez-vous de la place du réseau professionnel dans une carrière ?

Je suis membre du conseil d’administration du Cercle Montesquieu qui regroupe les directeurs juridiques des grandes entreprises françaises. L’idée est de se retrouver pour échanger sur les bonnes pratiques métiers, partager des veilles réglementaires, se concerter sur les nouveaux enjeux. Il y a une dimension networking forte. Quand on est directeur juridique d’un groupe, on est seul à cette fonction, et parfois même un peu isolé. Il faut avoir la capacité de se faire entendre face à l’excitation commerciale qui se concentre sur la partie business. Nous avons un côté « dernier rempart » pour alerter sur tel sujet ou tel sujet. C’est porteur que de pouvoir échanger avec des personnes qui ont les mêmes problématiques.

Vous êtes sorti de la Faculté Jean Monnet avec des camarades mais aussi de vrais amis, avez-vous toujours des contacts avec votre promotion ou des promotions connexes ? Que pensez-vous de l’utilité d’un réseau des diplômés ? Dans une université comme Paris-Sud ?

Personnellement, j’ai toujours été un peu agacé par la difficulté de trouver des stages notamment rémunérés. J’ai moi-même trouvait mon premier job grâce à la Faculté Jean Monnet. J’ai embauché que ce soit avec SHINDLER ou POMONA, dont les sièges ne sont pas très loin de la Faculté de Sceaux, plusieurs stagiaires ayant fait la même formation. Aujourd’hui, je travaille avec des partenaires issus aussi de la même Faculté. Je pense à des avocats comme Stéphane Le Marchand spécialisé dans les grands enjeux informatiques.

 

 

Interview de Sabine Ferrier,
Chargée du réseau des diplômés de l’Université Paris-Sud,
Direction de l’orientation professionnelles et des relations entreprises.