Emmanuel Raskin

 

Pourriez-vous vous présenter ?

Emmanuel Raskin, je suis avocat au Barreau de Paris, inscrit à l’Ordre depuis Février 1997, ce qui fait déjà 21 ans de barre.

Je suis engagé auprès de l’Association des Avocats Conseils d’Entreprises (ACE) où je préside la Commission Egalité – Diversité. J’ai été élu au Conseil National des Barreaux où je participe notamment à la Commission Textes. J’ai aussi une activité d’expert auprès du Conseil des Barreaux Européens, j’interviens principalement en matière de Droit des sociétés. Enfin, comme j’aime bien écrire, je rédige régulièrement des articles dans des journaux spécialisés en Droit. Dernièrement, j’ai publié un article dans la Gazette du Palais.

Vous êtes à la Commission Egalité – Diversité, j’ai une question trop souvent réservée aux femmes : si vous avez une vie de famille, parvenez-vous à la concilier avec votre agenda professionnel qui doit être sacrément chargé ?

Oui, j’ai une famille et j’en profite. Je dois dire que j’arrive tôt le matin au cabinet entre 8H et 8H15 au plus tard. Je sais travailler vite mais il n’y a pas de secret, il faut avoir un grand sens de l’organisation. En tant qu’associé, il est important de savoir déléguer. J’ai la chance d’avoir une entière confiance dans mes collaborateurs.

Quel est votre parcours de formation ? Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai fait l’ensemble de mon cursus universitaire à la Faculté Jean Monnet. J’ai commencé par un DEUG de Droit que j’ai poursuivi avec une Licence. J’ai ensuite opté pour une Maitrise en Droit des affaires et un DEA spécialisé dans le Droit des contrats dirigé alors par Bertrand Ancel et Horacia Muir Watt. Le DEA est l’équivalent du Master 2 Recherche actuel. Après, j’avais d’ailleurs idée de faire une thèse, je l’ai commencée mais je ne l’ai pas terminée car j’ai – de suite après mon diplôme – trouvé une collaboration dans un cabinet d’avocats.

L’année suivante après ce DEA, j’ai eu la possibilité de participer, grâce à Madame Muir Watt, à un échange entre la Faculté Jean Monnet et une université américaine. Je suis parti durant 1 an étudier à l’Université de Louisville dans le Kentucky aux Etats-Unis. La formation n’était certes pas diplômante mais nous avons obtenu une sorte d’équivalence mais surtout cela a été l’occasion de découvrir puis d’étudier dans ses moindres détails le Droit américain. Evidemment, j’ai considérablement amélioré mon anglais, cela a été génial d’un point de vue linguistique !

En rentrant en France, j’ai passé l’examen d’entrée à l’Ecole des Avocats, le CRFPA et ensuite j’ai eu mon CAPA et je suis inscrit à l’Ordre depuis 1997. J’ai trouvé de suite une collaboration d’avocats et 3 ans plus tard je suis devenu associé du cabinet.

En trois ans vous êtes passé de jeune diplômé - collaborateur à associé, c’est assez exceptionnel comme parcours. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Il faut faire ses preuves. Je me suis de suite très investi, mes premières années de travail ont été denses. J’ai le souvenir d’avoir terminé souvent très tard le soir.

J’ai toujours été très autonome et je suis arrivé dans un cabinet où la partie « Judiciaire » (contrairement au « Juridique ») était peu développée même inexistante pour être exact. J’ai donc pris en charge l’ensemble des dossiers « judiciaires » du cabinet donc les affaires contentieuses et précontentieuses. Nous avons développé l’activité au point de créer un département « Judiciaire » dont je suis devenu le responsable.

J’ai fini par devenir associé du cabinet. Nous avons embauché de nouveaux collaborateurs. Désormais nous sommes 27 avec le siège du cabinet dans le centre de Paris et une antenne à Rungis car nous avons développé une activité spécialisée dans les marchés d’intérêts nationaux et l’alimentaire.

21 années de barre, quelles sont les affaires qui vous ont le plus marqué ?

Oui en 21 années de barre, j’ai eu des affaires qui m’ont marquées. J’ai travaillé sur une affaire de discrimination et comme celle-ci avait été médiatisée, j’ai le souvenir de mon cabinet assailli par la Presse pendant deux jours. J’ai aussi vécu un procès qui a duré plus d’une semaine avec des allures de Cour d’Assises. C’était une sordide affaire d’enfants en situation de handicap qui avaient subi des maltraitances dans un Institut spécialisé. Les plaidoiries avaient duré deux jours et les témoins à la barre étaient nombreux.

Il faut parvenir à prendre du recul, de la distance, ce n’est pas facile. Je me sens néanmoins épanoui dans ce que je fais. Le métier d’avocat est passionnant, je n’ai jamais l’impression de faire la même chose. Surtout, il y a beaucoup d’indépendance et d’autonomie, je me sens libre et cela a beaucoup d’importance pour moi.  

Vous êtes engagé au sein de la Commission Egalité-Diversité de l'Association des Avocats Conseils d'Entreprises ? Quelles sont vos missions dans le cadre de cette Commission ? Quels sont les types d’inégalité que l’on peut rencontrer dans un barreau ?

L’Association des Avocats Conseils d’Entreprises ou ACE est un syndicat d’avocats qui intervient surtout dans le Droit des affaires et qui représente les intérêts des avocats. L’idée est de pouvoir prendre de la hauteur pour une réflexion philosophique sur le sens de notre profession. L’ACE intervient à deux niveaux : l’association défend les intérêts des avocats qui sont des entrepreneurs mais elle défend aussi le Droit des entreprises.

Je suis engagé auprès de la Commission Egalité-Diversité mais l’ACE compte 27 commissions au total, avec des thématiques diverses comme l’environnement, les nouvelles technologies, le droit de la santé, ou encore la propriété intellectuelle. Chaque commission est en veille permanente, elle intervient auprès des pouvoirs publics quand cela est nécessaire en alertant mais aussi en émettant des propositions. Par exemple, nous avons été auditionné par le Sénat dans le cadre de la réforme du Droit des contrats.

En matière d’égalité, nous avons travaillé récemment sur le traitement des données personnelles et nous avons alerté les pouvoirs publics sur le traitement égalitaire de celles-ci. Nous menons aussi une réflexion sur la féminisation de la profession. Aujourd’hui, la société parle beaucoup de « maternité » mais peu de « parentalité ». Il faut repenser l’organisation des cabinets pour mieux intégrer la maternité qui ne devrait effrayer personne. Pour les jeunes parents, je pense que le « Home Office » est une solution. Il faut travailler en confiance avec ses collaborateurs !

 « Balance ton cabinet », la qualité de vie des avocats s’est-elle autant dégradée ?

Avec le mouvement « Balance ton porc », l’ACE a voulu libérer la parole des femmes avocates. Nous avons donc lancé une déclinaison à échelle de la profession avec « Balance ton cabinet ». Il y a du sexisme et même du harcèlement sexuel dans notre profession et comme c’est un « petit monde » finalement, les femmes sont dans la peur notamment de répercussions sur leur carrière. Notre mouvement n’a pas servi à dénoncer mais c’est un premier pas pour que la honte change de camps.

Vous êtes aussi membre du Conseil National des Barreaux ? Quel est le rôle de cette institution ?

Je suis élu au Conseil National des Barreaux qui représente les avocats en France. Je me suis présenté avec une liste principalement constituée de confrères de l’ACE. Nous avons obtenu 7 sièges, ce qui nous permet d’être vraiment présents au Conseil. Nous défendons notre vision de la profession d’avocat au sein du CNB en sachant que plusieurs visions s’affrontent concernant les réformes, les avocats en entreprises ou encore la déjudiciarisation.

Le CNB a un pouvoir normatif pour une réglementation harmonisée de la profession au niveau national. Nous intervenons en matière de déontologie et nous avons un rôle prépondérant dans la formation professionnelle des avocats.

Au CNB, je suis membre de la Commission Textes qui est chargée d’étudier l’ensemble des projets de réformes proposé par le Gouvernement et en lecture devant l’Assemblée Nationale. Lorsque cela est nécessaire nous intervenons avec pour conviction de toujours défendre les intérêts du justiciable. Nous sommes un acteur à part entière du processus législatif.

Récemment, je suis intervenu au Conseil Consultatif National de l’Ethique pour y exposer le point de vue du CNB sur la réforme envisagée en matière de bioéthique. Des sujets concernant la nature même de l’humanité vont y être abordés comme la PMA, la GPA, l’accompagnement en fin de vie ou encore le génome. Les enjeux sont de tailles et il y a matière à débattre.

Vous avez participé à une étude sur les discriminations au sein de la profession d'avocats. Pourriez-vous nous présenter ses principaux enseignements ?

Avec le CNB, nous avons adressé un questionnaire à tous les Barreaux de France qui ont largement joué le jeu. Nous avons pu produire un certain nombre de statistiques que nous avons restituées lors de la dernière assemblée générale. Les principaux enseignements sont vastes mais il y a un chiffre qui m’a marqué notamment parce qu’il touche à l’égalité, un sujet auquel je suis particulièrement attentif. En 2017, il y a en effet 55,4 % de femmes dans la profession mais seulement 1 femme sur 4 qui est associée dans un cabinet.

Vous êtes aussi expert auprès du Conseil des Barreaux Européens ? Pourriez-vous nous en dire plus ?

Je suis expert au Conseil des Barreaux Européens, une association rattachée à l’Union Internationale des Avocats qui avait une volonté de disposer d’un groupe de travail au niveau de l’Europe. Ainsi nous représentons la profession à échelle européenne avec 32 pays membres et je suis expert à la Commission du Droit des sociétés. Nous travaillons à l’homogénéisation des règles du marché commun. Dernièrement, nous avons débuté une réflexion sur la protection des données personnelles à échelle de l’Europe.

Votre métier c’est aussi « convaincre », si vous deviez convaincre un étudiant de l’importance du réseau des diplômés que pourriez-vous lui dire ?

Dans cette profession, il ne faut pas être seul. Cela vaut pour les diplômés mais aussi pour les étudiants. Ce sont des études difficiles surtout à Sceaux où l’enseignement est d’une qualité rare mais très exigeant. Etudier en groupe crée une émulation.

Une fois diplômé, l’avocat ne doit pas être isolé, même s’il n’a pas de collaborateur direct, je conseille vraiment de rester en contact avec des confrères pour se soutenir, partager son expérience, son quotidien avec ses succès et ses aléas.

Parlez-nous de votre meilleur souvenir à la Faculté de Sceaux ?

Les meilleurs souvenirs sont ceux de la Maitrise et du DEA. Je jouais de la musique dans un groupe au sein duquel j’étais batteur, nous avions pu donner un concert dans l’Amphi 2.

Batteur, ça devait plaire aux filles non ?

(Rires), je crois pas mal oui !

Et le pire ?

Je pense que ce sont les épreuves en Droit civil durant le DEUG. Comme je le disais, le niveau à Sceaux est élevé, cela est très formateur pour la suite mais ces épreuves étaient difficiles et la peur de rendre copie blanche planait toujours un peu.

 

 

 

 

 

 

Interview de Sabine Ferrier,
Chargée du réseau des diplômés de l’Université Paris-Sud,
Direction de l’orientation professionnelles et des relations entreprises.