CINÉ-DROIT : LA MUSIQUE

Le festival Ciné-Droit est un événement, qui regroupe plusieurs organisateurs dont la Ville de Sceaux, la Faculté Jean Monnet de l’Université Paris -Sud. Sous la présidence de Laurent Petitgirard, compositeur et chef d’orchestre, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts, vice-président de la Sacem. 

Le Festival Ciné-Droit fête sa 9e édition, sur le thème de "La musique", qui s'est déroulé du 15 mars au 18 mars 2017. 

Le 15 mars a eu lieu la demi-finale du concours Rap/Slam sur le site de la Faculté Jean Monnet. 

L'ouverture du festival Ciné-Droit s'est déroulée le 16 mars au cinéma le Trianon. Un accueil a été célébré par Philippe Laurent, maire de Sceaux, Sylvie Retailleau, Présidente de l'Université Paris-Sud et de François Jankowiak, Directeur de la Fédération de Recherche de la Faculté Jean Monnet. 

Suivi du colloque le 17 mars à la Faculté Jean Monnet, ce dernier a été organisé par la Fédération de Recherche de la Faculté Jean Monnet, regroupant le centre Droit et Sociétés Religieuses (DSR), le Centre d’Études et de Recherche en Droit de l’Immatériel (CERDI), l’Institut Droit, Éthique, Patrimoine (IDEP) et l’Institut d’Études de Droit Public (IEDP). 

18 mars projection-débat du film documentaire Spinal Tap à la bibliothèque municipale de Sceaux.

 

Cet événement a réuni plus de 400 personnes.

Nous remercions la Ville de Sceaux ainsi que toutes les personnes aillant participé à cet événement et tous les organisateurs.

Nous vous attendons nombreux, l'année prochaine, pour la 10e édition.  

 

 

 



Colloque du 17 mars 2017

Discours d'ouverture de François Jankowiak

Nous voici une nouvelle fois au seuil – ou devrais-je dire au prélude – d’une forte réjouissance, fruit de la collaboration entre la municipalité de Sceaux et l’Université Paris-Sud, une aventure dont M. le Maire et la Présidente de l’Université viennent de rappeler l’historique et les contours, et mise en musique ou orchestrée pour son volet scientifique – vous me pardonnerez ces métaphores, au moins pour cette 9e édition du Festival ! – par la Faculté Jean Monnet. J’ajouterai que cette ode à la joie, puisqu’il s’agit de la 9e…, n’a pas seulement un caractère incantatoire, mais se nourrit surtout de données objectives. Notre histoire commune, en la matière, en porte témoignage.

 

En effet, l’un des rêves — qui n’est pas chimère — de la science, continûment encouragé par l’Université Paris-Sud avant qu’il devienne une mode, est celui de l’inter-, voire de la transdisciplinarité, qui lorsqu’elle est pratiquée avec autant de sérieux et de rigueur que de « gai savoir », permet d’espérer retrouver les racines et pourquoi pas renouer avec l’esprit de l’universitas médiévale. Celle-là même qui, par le truchement de la philosophie scolastique, comptait au nombre des arts libéraux la musique, aux côtés de l’arithmétique, de la géométrie et de l’astronomie, un quadriviumqui venait compléter les enseignements en grammaire, dialectique et rhétorique.

 

Hic et nunc, cette transdisciplinarité est marquée par le fait que pour la première fois, le colloque du Festival est organisé sous l’égide de la Fédération de recherche Jean-Monnet, intitulée « Gouvernance, patrimoines, modernités », qui regroupe depuis un peu plus de deux ans maintenant – elle est née le 1er janvier 2015 – quatre équipes de recherche en sciences juridiques de la Faculté de Droit-Economie-Gestion. Ayant essentiellement une vocation d’animation scientifique, la Fédération, au regard du caractère transversal des thèmes retenus par le Festival Ciné-Droit, est ici pleinement dans son rôle. Mais il y a plus ; à l’initiative du Doyen de la Faculté, le Professeur Antoine Latreille, plusieurs communications qui nourriront les débats du colloque qui se déroulera demain, de 9h à 17h30, à la Faculté Jean Monnet, émanent de collègues économistes et spécialistes de sciences de gestion, rattachés, eux, à un autre laboratoire, le RITM —acronyme ô combien musical ! – même s’il signifie en vérité « Réseaux, Innovation, Territoires et Mondialisation ». Indice peut-être de ce que la musique adoucit certaines mœurs scientifiques… gageons ! Quoiqu’il en soit, ce sera l’occasion pour l’auditoire, que nous espérons nombreux, d’entendre évoquer des aspects aussi variés que ceux des rapports que la musique entretient avec la diplomatie, avec l’ordre public ou la contestation politique, ceux que le droit nourrit vis-à-vis des bruits nouveaux ou encore le régime par lequel il encadre ou tente d’encadrer, entre autre, le financement participatif ou le téléchargement illégal.

Le colloque de demain et le Ciné-Concert de ce soir seront prolongés, samedi à partir de 16 heures, à la Bibliothèque municipale de Sceaux, par une projection-débat autour du film documentaire de Rob Reiner, Spinal Tap, débat animé par Olivier Cachin, enseignant associé à la Faculté Jean Monnet et qui interviendra également demain dans le cadre du colloque.

Une dernière nouveauté cette année : le choix a été fait d’adopter pour le Festival la thématique qui est aussi celle, annuelle, de la Fête nationale du droit, thématique avec laquelle l’an dernier nous étions en décalage assez net, car… si la Fête du droit avait retenu pour thème l’humour, nous, pour le Festival Ciné-Droit, avions choisi celui des Persécutions. Les deux ayant été traitées, nous avons donc, en principe, fini de rire comme de souffrir ; condition qui n’est qu’à demi-réjouissante il est vrai, mais qui est compensée par le fait que cette année nous ne cesserons pas, au moins, de rêver. J’en veux pour preuve la devise adoptée par la Sacem, à huit reprises dirigée, entre 2003 et 2016, par celui qui est aussi le président d’honneur de cette édition du Festival, Laurent Petitgirard : « Les droits d'auteur font vivre ceux qui nous font rêver ».

La sonorité de cette formulation, que certains pourront juger par trop marquée du sceau de la nécessité matérielle, en renvoyant seulement aux droits d’auteur, rappelle que le droit, de manière générale, n’est guère aujourd’hui perçu comme une instance onirique mais bien plutôt comme la traduction d’un implacable principe de réalité ; le droit « ramènerait sur terre ». Or, au-delà de leur technicité, de leur rôle instrumental, en fonction des missions ou des rôles que l’autorité politique et le corps social leur assignent, nous savons que les règles juridiques expriment et façonnent bel et bien un langage propre, techniquement un idiolecte du droit, qui possède aussi un horizon de valeurs et un imaginaire, fait d’éléments récurrents et de perpétuelles réinventions et refondations. Le droit, dans cette acception, est une poétique du social ; or la musique, en particulier à travers le support du cinéma, est-elle bien éloignée d’un tel rôle ? Dans ces conditions, musique et droit viendraient-ils former le mariage du siècle ? La formule est une libre adaptation de ma part (et aussi libre de droits, j’espère) du titre de l’ouvrage auquel a contribué Benoît Basirico, co-animateur de l’entretien de ce soir et qui a été publié en 2013 chez Actes Sud : Musique et cinéma, le mariage du siècle.

Mariage du siècle, probablement ; liens, union ou unisson perpétuels, certainement. L’histoire de la pensée juridique et des idées politiques, depuis l’Antiquité grecque, n’a cessé de faire appel aux notions d’harmonie, voire d’eurythmie, à la fois au sein de la Cité – et c’est le rôle de la loi que d’en créer les conditions – et entre la Cité et le monde des dieux, le macrocosme. Mille ans plus tard, vers 1140, un moine de Bologne, Gratien, cherche à mettre en cohérence les textes de droit canonique qu’il recueille et à en résoudre les contradictions en établissant une « concorde des canons discordants » [concordia discordantium canonum]. La république des Lettres, à la Renaissance, fraye la voie à la reconnaissance d’un équilibre politique européen qui, à partir de 1815 surtout, devient « concert des nations ». Bientôt, le chœur des esclaves du Nabucco de Verdi, représenté pour la première fois en 1842, accompagne et forme presque la bande-son du long métrage du Risorgimento italien, les hymnes nationaux jouant le rôle – encore puissant aujourd’hui, qu’il s’agisse de chanter par exemple la Marseillaise ou de justifier qu’on s’en abstienne – le rôle de « répertoires de l’identité » (selon l’expression d’Alain Darré). Nous voici ramenés à l’Ode à la Joie.

 

François Jankowiak
Ancien membre de l'Ecole française de Rome
Agrégé des Facultés de Droit, Professeur à l'Université Paris-Sud, Université Paris-Saclay
Directeur du centre Droit et Sociétés Religieuses (E. A. 1611)
Directeur de la Fédération Jean Monnet "Gouvernance, Patrimoines, Modernités"
UFR Droit - Economie - Gestion
54 boulevard Desgranges
92331 Sceaux cedex
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